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La cohors I Aquitanorum veterana equitata

Au Ier siècle ap. J.-C., l’empire romain était protégé par une armée de 300 000 soldats, répartis en majorité le long des frontières (limes). Environ la moitié d’entre eux servait dans la légion (infanterie lourde), de par leur statut de citoyens romains. Les autres, qui étaient des pérégrins (non-citoyens) issus des provinces romanisées, intégraient des corps auxiliaires (auxilia), à savoir les unités d’infanterie légère, de cavalerie, d’archerie et de marine. A partir du règne de Claude (41-54 ap. J.-C.), ces derniers recevaient après un service de vingt-cinq ans ou plus un diplôme militaire, correspondant à la copie de la constitution impériale qui leur accordait la citoyenneté romaine - privilège qu’ils pouvaient dès lors transmettre à leur épouse et à leur descendance. Ainsi, l’armée devint progressivement une véritable "machine à fabriquer des citoyens", tant est si bien qu’à partir de la seconde moitié du Ier siècle ap. J.-C. le statut civique ne fut plus un critère stricte pour la répartition des recrues dans les légions ou dans les auxilia.

C’est dans ce cadre que notre association a décidé d’inscrire sa démarche de reconstitution, et de présenter au public le quotidien des soldats et des civils de la cohors I Aquitanorum veterana equitata, l’une des troupes auxiliaires d’origine gallo-romaine qui composaient l’armée romaine.

Cette unité fut vraisemblablement créée sous le règne d’Auguste, vers 16/13 av. J.-C., sur la base d’un recrutement dans la province de Gallia Aquitania. Elle participa alors aux campagnes en Germania avant d’être envoyée - à une date qui nous est inconnue - dans une province danubienne (comme peut en témoigner l’origine de ses soldats démobilisés sous les Flaviens). Après les guerres civiles de 69/70 ap. J.-C., elle fut rappelée en Germania superior et se vit confier la construction d’un camp à Friedberg (en avant de Mogontiacum/Mayence) qu’elle occupa durant vingt ans environ. Elle fut ensuite transférée vers 90 ap. J.-C. dans le camp d’Arnsburg, situé le long du nouveau système défensif des Agri Decumates (entre Rhin et Danube) mis en place par l’empereur Domitien. Elle tiendra cette position pendant plus de soixante ans, avant de changer de cantonnement vers le milieu du IIe siècle ap. J.-C., vers Stockstadt, autre camp du limes rhéno-danubien. Nous savons néanmoins qu’un détachement de l’unité fut envoyé en Britannia à partir de 121 ap. J.-C. pour participer à la construction du célèbre Vallum Hadriani et que ce dernier y séjourna une trentaine d’année environs.

Le surnom veterana que portait l’unité servait avant tout à la distinguer de son homonyme, la cohors I Aquitanorum [Biturigum] ; mais il n’est pas exclu que des vétérans qui se seraient réengagés à la fin de leur service, aient composé une partie de ses effectifs. De même, l’épithète equitata signifiait que cette cohorte, initialement composée de fantassins, s’était vue adjoindre dans le cadre de sa position avancée au-delà du Rhin un contingent de cavalerie - peut-être des fantassins montés - qui assistaient les premiers dans leurs missions de surveillance de la frontière.

S. Lemoine/A. Tondeur



- photo de droite : Autel dédié à Jupiter Dolichenus édifié à Stockstadt par la Cohors I Aquitanorum, conservé au musée de Saalburg (CIL XIII 11780)
- photo de gauche : Dédicace à la Victoire de Marcus Iunius Iovinianus , soldat de la cohors I Aquitanorum [veterana equitata], découverte dans le mithraeum du camp de Friedberg (Germania superior - CIL XIII, 7399a)
- dessin : auxiliaire de l’armée romaine. Auteur : Patrick Dallanégra