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Chronologie de la cohorte


Jusqu’ici, nous avions toujours considéré que la cohors I Aquitanorum et la cohors I Aquitanorum veterana étaient deux unités distinctes, qui avaient évolué ensemble en Germania dans le courant du Ier siècle de notre ère, sans véritablement nous soucier de ce qui pouvait les différencier dans ce cas.

Nous suivions ainsi l’avis de certains auteurs, parmi lesquels Paul Holder, spécialiste de la question des auxilia, qui penchait en faveur de cette hypothèse dans son ouvrage Studies in the Auxilia of Roman Army (1980), se plaçant dès lors à contre-courant de ceux qui avaient admis depuis longtemps que les deux troupes n’en faisait en fait qu’une seule (notamment les historiens et les archéologues allemands).

Mais récemment, en poursuivant nos recherches sur les auxilia, dans un cadre plus général, nous nous sommes finalement intéressés aux inscriptions relatives à la cohors I Aquitanorum veterana, et à cette occasion, nous nous sommes rendu compte que l’épithète veterana apparaissait dans les diplomata militaria à chaque fois que la cohors I Biturigum, une autre unité levée en Gallia Aquitania, était également citée. La raison à cela pourrait se trouver dans le diplôme de 74 ap. J.-C. (CIL XVI, 20), où cette dernière est nommée cohors I Aquitanorum Biturigum, et où veterana permettrait donc de la distinguer comme la "principale" cohors I Aquitanorum, celle que nous connaissons. Ce principe se vérifie dans d’autres diplômes, comme par exemple celui de 82 ap. J.-C. (CIL XVI, 28), où la cohors I Biturigum est absente, et où l’épithète veterana n’apparaît alors pas.

Ensuite, nous ne connaissons que deux dédicaces retrouvées à Stockstadt (Germania superior) où est mentionnée la cohors I Aquitanorum veterana (equitata). Ces deux inscriptions peuvent être en fait mises en rapport avec celles que nous connaissons déjà de notre cohors I Aquitanorum retrouvées au même endroit, à savoir le dolichenum du camp, et qu’il est possible de dater de la seconde moitié du deuxième siècle de notre ère. Une question se pose alors : pourquoi dans un même contexte (même période et même type de formules), la titulature d’une même unité n’était-elle pas fixe ? En fait, il se trouve que la cohors I Biturigum, vers la fin du IIe siècle ap. J.-C., était cantonnée à Langenhain, non loin de Stockstadt, ce qui pourrait impliquer qu’il fallut à nouveau distinguer les deux troupes, pour éviter toutes confusions.

Toutefois, nous ne pouvons à l’heure actuelle préciser la portée du titre veterana, à savoir s’il s’agissait d’une simple distinction administrative, ou s’il impliquait une différenciation concrète en terme de recrutement, avec notamment l’incorporation de vétérans (en considérant à travers ce terme des soldats en fin de service, mais aussi des soldats démobilisés qui se seraient réengagés).

Par conséquent, en reprenant la chonologie de la cohors I Aquitanorum en tenant compte des inscriptions où apparaissait l’épithète veterana, nous nous sommes attaché à reconstituer le puzzle du parcours de notre unité, pièce par pièce, afin de vérifier si cette supposition pouvait s’avérer cohérente, et l’issue favorable de notre démarche nous a finalement amener à reconsidérer notre position sur la question.

Chronologie :

-16/-13

La cohors I Aquitanorum apparut sous Auguste. La référence géographique de sa titulature, se rapportant à la province d’Aquitania (créée officiellement durant cette période), suppose qu’il s’agissait en fait de son foyer initial de conscription.
En effet, alors que dans cette circonscription, seule la cité des Bituriges avait semble-t-il le potentiel militaire pour fournir à l’armée romaine assez d’hommes pour constituer une ou plusieurs cohortes (appelées Biturigum), vraisemblablement en raison de la tradition guerrière de lors proches ancêtres (les Bituriges s’étaient en effet distingués durant la guerre des Gaules), les cohortes dites Aquitanorum seraient nées quant à elles d’un dilectus (recrutement officiel) augustéen élargi à l’ensemble de la province, justifié par le besoins de renforts pour les campagnes en cours, notamment sur le front rhénan.

-16/-13 < 69

Nous ne disposons malheureusement pas de sources nous renseignant directement sur les lieux d’implantation et sur les mouvements de la cohors I Aquitanorum de la période augustéenne jusqu’au début de la seconde moitié du Ier siècle de notre ère.
En considérant le recrutement d’auxilia gallo-romains dans le contexte des campagnes germaniques, et le fait que les Tres Galliae constituaient l’arrière-pays militarisé du front rhénan, nous pouvons simplement supposer que la cohors I Aquitanorum faisait partie de l’armée de Tiberius et Drusus, composée en 15 av. J.-C. de cinq légions et de nombreux corps auxiliaires, répartis entre les camps de Vetera Castra (Xanten) et Mogontiacum (Mayence) - dont les superificies pouvaient atteindre 50 hectares - sans plus de précisions. Mais pour la suite, il nous est difficile d’affirmer si la cohors I Aquitanorum participa aux différents théâtres d’opérations augustéens au-delà du Rhin, ou si elle fut envoyée dans d’autres provinces pour prendre part à d’autres campagnes.
Quoi qu’il en soit, cette dernière hypothèse ne peut être écartée pour la fin de la période julio-claudienne, car des sources plus tardives tendent à démontrer que la cohors I Aquitanorum se trouvait bel et bien dans les provinces danubiennes sous le règne de Néron, et qu’elle y bénéficia d’un recrutement "local" de supplementa (de nouveaux effectifs). Parmi ces témoignages se trouvent notamment des diplomata militaria de la période flavienne (voir ci-dessous) - un découvert en
Pannonia (74 ap. J.-C.), un en Moesia inferior (82 ap. J.-C.), et un autre à Mayence (90 ap. J.-C.) - attestant de la démobilisation de soldats de la cohors I Aquitanorum en Germania, dont deux étaient originaires de Galatia (82 ap. J.-C.) et de Thracia (90 ap. J.-C.), deux régions appartenant à la sphère de recrutement et d’affectation d’un cantonnement situé sur le Danube. Dans cette logique, nous pourrions également dater de cette période les deux inscriptions de Dalmatia mentionnant une cohors Aquitanorum (CIL III, 2053 et 9760), dont une mentionnait un soldat originaire de la cité des Triboci, en Germania superior.
Mais à partir de cela, il nous est difficile de déteminer à quelle date elle y fut réellement envoyée (nous pouvons seulement déduire du diplôme de 74 ap. J.-C. un recrutement de soldats vers 49-50 ap. J.-C.), et surtout sous quelle forme : s’agissait-il de l’unité entière, auquel cas elle disposait d’un ou plusieurs campements sur les marges danubiennes, ou bien d’un ou plusieurs détachement(s), impliquant que le reste de la troupe était resté cantonné dans une province de base (la Germania ?). L’absence de mention de la cohors I Aquitanorum dans les témoignages relatifs aux conflits qui éclatèrent durant les années 69-70 ap. J.-C. ("année des quatre empereurs" : Galba, Othon, Vitellius et Vespasien), alors que d’autres auxilia gallo-romains appartenant aux armées de Germania sont cités pour leur participation active (notamment les cohortes Nerviorum, Lingonum, Morinum, Menapiorum, et Tungrorum), pourrait venir appuyer la possibilité que l’unité (entière) n’était pas encore revenue sur la frontière rhénane à cette date.

73-74

La cohors I Aquitanorum (veterana) fut transférée vers la Germania au tout début du règne de Vespasien, et participa à la campagne menée dans les Agri Decumates par le légat Cn. Pinarius Cornelius Clemens (73 ap. J.-C.), le long du Neckar et du Main. Le camp de base de cette opération se trouvait alors à Mogontiacum/Mayence, où l’unité était peut-être cantonnée.
Ceci nous est confirmé par le diplôme de Sikator (Pannonia) (CIL XVI, 20), daté de 74 ap. J.-C., qui attestent de la démobilisation de soldats de la cohors I Aquitanorum (veterana) servant en Germania sous ce même légat, et qui furent dès lors probablement recrutés aux alentours de 49-50 ap. J.-C., sous le règne de Claude.

73-74 < 89-90

Suite à la campagne de Cn. Pinarius Cornelius Clemens, et dans le contexte d’extension de la tête de pont qui existait face à la forteresse légionnaire de Mogontiacum (Mayence), la cohors I Aquitanorum (veterana equitata) fut chargée de la construction et de l’occupation - peut-être en compagnie de la cohors IV Aquitanorum equitata - du camp de Friedberg, dont la surface atteignait 4 hectares (200 x 200 m.). Il s’agissait du point central du Wetterau, et alors la position la plus avancé des territoires occupés par les Romains au-delà du Rhin, en marge des territoires occupés par les Mattiaci et des Catti. Ce cantonnement fut édifié en bois - qu’il s’agisse des remparts ou des bâtiments - ce qui n’empêcha pas les soldats de bénéficier progressivement de toutes les structures nécessaires à la vie de camp (sanitaires, religieuses, ...). De même, l’installation d’un vicus aux abords de cette position, en rapport avec les populations locales soumises, est bien évidemment à considérer, malgré la position avancée du camp en territoire germanique.

N.B. : L’épithète equitata désignait probablement des bataillons d’infanterie auxquels était attaché un régiment de cavalerie, qui se distinguaient alors des cohortes peditatae, uniquement composées de fantassins. Une cohors quingenaria equitata était en fait composée de quatre cent quatre-vingt fantassins et de cent vingt cavaliers.

Si l’hypothèse d’une infanterie "montée" a longtemps été avancée, impliquant que des fantassins auraient pu se rendre à cheval sur un champ de bataille, pour ensuite combattre à pied, il est difficile d’admettre qu’une telle pratique - sans nier qu’elle a pu exister (notamment chez les tribus celtiques et germaniques) - aient pu être appliquée à l’emploi courant des cohortes equitatae.

Il faut en fait distinguer les equites alares - les cavaliers servant dans une aile - des equites cohortales - les cavaliers servant dans une cohorte : au combat, les premiers se différenciaient par une plus grande marge de manoeuvre, par leur possibilité de lancer des projectiles dans des courses et des formations diverses, grâce à un entraînement intensif, tandis que les seconds pouvaient être assimilés à une cavalerie de seconde ligne, avec une capacité à combattre moins importante, et un rôle qui devait alors se limiter à la protection des fantassins en marche, tandis que dans leurs cantonnements, en complémentarité avec l’infanterie auxiliaire, ils assuraient une surveillance plus efficace des frontières, et trouvait ainsi leur réelle utilité.

82

Le diplôme de Debelec (Moesia inferior) (CIL XVI, 28), daté du 20 septembre 82, témoigne de la démobilisation de soldats de la cohors I Aquitanorum servant alors en Germania sous Quintus Corellius Rufus, et plus particulièrement de celle de Lucius Valerius, originaire d’Ancyra (Galatia), le bénéficiaire de ce document. La cohorte était alors sous le commandement de Marcus Gennius Carfinianus, de la tribu Camilia. Nous pouvons supposer un recrutement de ce soldat aux alentours de 57-58 ap. J.-C., sous Néron, alors que l’unité se trouvait vraisemblablement cantonnée dans les provinces danubiennes (Moesia ?).

83-84 < 89

La cohors I Aquitanorum participa vraisemblablement, de part sa situation, aux campagnes menées par Domitien contre la tribu germanique des Catti (83-84 ap. J.-C.). Ces derniers, qui s’étaient en fait familiarisés progressivement aux pratiques romaines dans le Wetterau, de part l’étendue de leur zone d’influence, prirent finalement une attitude hostile envers l’occupant. La supériorité de l’armée romaine, qui se regroupa alors à Mogontiacum (Mayence), bien qu’elle fut écrasante, ne lui permit toutefois pas de mener cette campagne de manière expéditive, car les troupes durent s’aventurer loin de leurs bases, tandis que l’adversaire fuyait sans cesse l’affrontement, et opéraient par des raids soudains au coeur des reliefs forestiers qu’ils connaissaient bien, dans lesquels ils disparaissaient tout aussi rapidement, non sans causer de lourdes pertes aux Romains. Les Catti furent finalement contraints de de négocier la paix, et le noyau de la tribu qui était jusque là hostile, devint désormais un allié de Rome (foederatus).
C’est dans ce contexte que nous avons décidé de dater la dédicace découverte dans le mithreum du camp de Friedberg (CIL XIII, 7399a) : Victor/iae / M(arcus) Iuni[us] / Iovin[ia]/[n]us m[il(es)] / [c]oh(ortis) I Aq(uitanorum) (v(otum) [s(olvit)] / l(ibens) l(aetus) m(erito) ("A la Victoire, Marcus Iunius Iovinianus, soldat de la cohors I Aquitanorum, a accompli ce vœu de bon gré, avec joie et à juste titre"). La dédicace à la Victoire suppose en effet un contexte de combats, sans que nous puissions toutefois dire s’il s’agissait d’une invocation avant le début de la campagne, ou d’un remerciement à la divinité pour le succès obtenu sur l’adversaire.
Après son triomphe à Rome, Domitien chargea son légat de Germania de poursuivre sa politique de pacification de la région rhénane, et y ordonna la création de deux nouvelles provinces : la Germania inferior (capitale : Colonia Agrippinensis) et la Germania superior (capitale : Mogontiacum), à laquelle fut rattachée la zone de démarcation conquise à l’Est. Cette dernière connut alors le début de la construction d’un limes défensif, sous la forme d’une ligne de palissades pourvue de tours de surveillance, en avant du réseau de camps déjà existant.
La cohors I Aquitanorum resta sans doute cantonnée à Friedberg après cette campagne, malgré la situation dangereuse qui survint sur le cours inférieur du Danube à partir de 85 ap. J.-C., avec l’attaque des Daces contre la province de Moesia, qui nécessita en 86 ap. J.-C. le transfert de plusieurs légions et auxilia de Germania. A cette date, seules quatre légions restaient ainsi stationnées dans la province de Germania superior. Deux légions tenaient la garnison du grand camp de Mogontiacum (Mayence), qui était également la capitale et le siège du gouverneur ; une autre se tenait à Argentorate (Strasbourg), et la dernière à Vindonissa (Windisch).

88/89

Durant l’hiver 88/89 ap. J.-C., l’armée de Germania superior, ainsi qu’une partie des allliés Catti, fut entraînée par son légat L. Antonius Saturninus dans sa tentative d’usurpation du pouvoir contre l’empereur. Nous pouvons dès lors supposer que la cohors I Aquitanorum suivit naturellement son commandant dans cette insurrection, comme les autres troupes auxiliaires de la province. Ce soulèvement fut toutefois rapidement réprimé, notamment grâce aux troupes de Germania inferior, restées fidèles à l’empereur. Domitien profita de l’occasion pour modifier la répartition des troupes dans la région, afin de ne plus laisser les gouverneurs disposer d’une telle force militaire.
En outre, la situation sur le cours du Danube était loin d’être rétablie, d’autant plus que Domitien rencontra de grandes difficultés en voulant conquérir les territoires des Sarmates et des Suèves. C’est pourquoi l’une des deux légions de Mogontiacum (la legio XXI Rapax) qui avait pris part à l’insurrection, fut transférée sur le segment vulnérable de ce fleuve, accompagnée de corps auxilaires, dont ne faisait probablement pas partie la cohors I Aquitanorum, puisqu’un diplôme découvert à Mogontiacum atteste de sa présence en Germania superior en 90 ap. J.-C. (voir ci-dessous). Cette réduction des effectifs rhénans ne put être rendue possible qu’en raison de la relative stabilité de la frontière de Germania superior, car le contrat avec les Chatti était alors garanti, au bénéfice des deux camps.

90

A partir de 90 ap. J.-C. débuta donc la phase de consolidation du limes rhéno-danubien : de nombreux fortins furent construits dans le Wetterau, ainsi que le long du Main et du Neckar, pour former une ligne continue de défense. La majeure partie de ces nouveaux cantonnements étaient de taille réduite, ne pouvant accueillier que des petits contingents de 100/150 soldats. La question est alors de savoir s’il s’agissait de détachements d’unités auxiliaires - ce qui implique qu’ils dépendait d’un camp de base - ou alors de troupes irrégulières levées pour l’occasion dans les territoires limitrophes (en Britannia ou en Germania), appelées numeri. En fait, les deux hypothèses peuvent être considérées en parallèle. N’oublions pas en effet que le transfert d’unités vers les provinces danubiennes s’accompagna, tant pour les légions que pour les auxilia, de difficultés à renouveller les effectifs de celles qui y restaient cantonnées, et ce aussi longtemps que la frontière de la province nécessita d’importants moyens militaires pour la construction et la surveillance du limes. Mais la dissociation d’un corps auxiliaire en plusieurs vexillationes, envoyés en missions dans la province, était également une pratique courante à l’époque, comme en témoigne une inscription de la cohors I Tungrorum découverte à Vindolanda (Chesterholm), en Britannia, datée de 90 ap. J.-C. (AE 1991, 1162).
Dans les secteurs les plus vulnérables, le dispositif fut complété par de nouveaux camps de cohortes et d’ailes (c’est-à-dire d’environ 500 hommes), donnant lieu à une redistribution générale des affectations : c’est alors que que la cohors I Aquitanorum veterana equitata fut transférée du camp de Friedberg - où elle fut remplacée par la cohors I Flavia Damascenorum milliaria equitata sagittariorum - vers celui, tout proche, d’Arnsburg - de 2, 95 hectares (170 x 170 m.) - où elle releva la cohors II Aquitanorum equitata, partie pour la province de Raetia.
Le diplôme de Mogontiacum/Mayence (Germania superior) (CIL XVI, 36), daté du 27 octobre 90 ap. J.-C., attestait alors de la mise en retraite de soldats de la cohors I Aquitanorum veterana (equitata) servant en Germania superior sous L. Iavolenus Priscus, et plus particulièrement du cavalier Mucaporus, fils d’Eptacentus, originaire de Thracia, qui était le bénéficiaire de ce document. La cohorte était alors sous le commandement de Marcus Arrecinus Gemellus. Nous pouvons supposer un recrutement de ce cavalier aux alentours de 65 ap. J.-C., sous Néron, alors que l’unité se trouvait encore cantonnée dans les provinces danubiennes, sans pouvoir affirmer s’il fut directement rattaché à la cohors I Aquitanorum, c’est-à-dire si elle était déjà equitata à l’époque.
Dans ce nouveau contexte, les unités auxiliaires régulières - alae et cohortes - constituaient bien évidemment une réserve stratégique pour défendre la province, mais avaient également pour tâche de faire respecter les principes de l’administration romaine aux populations locales. En retour, ces dernières, acceptant de se romaniser, profitaient naturellement de la protection militaire face à d’éventuelles menaces. Les conditions étaient en tout cas réunies pour qu’un vicus se développe progressivement autour du camp d’Arnsburg, comme en témoigne les découverte archéologiques autour de l’enceinte militaire (des thermes, un amphithéâtre, une mansio, ...).

96 < 99

La mort de Domitien provoqua de nombreuses mutineries : parties de Pannonia, elles s’étendirent rapidement à la zone des Agri Decumates, puis à la Germania superior, regroupant soldats et colons. Les camps d’Argentorate (Strasbourg) et de Seltz furent alors détruits, et des traces de destructions brutales furent partout visibles, jusqu’au centre de Divodurum (Metz). Trajan, qui était alors légat de Germania superior, réussit néanmoins à rétablir la situation, et à restaurer l’intégrité du limes rhéno-danubien. Il est dès lors difficile d’affirmer si la cohors I Aquitanorum participa à cette insurrection, ou si elle resta dans le rang.
Devenu empereur en 98 ap. J.-C., Trajan entreprit une nouvelle consolidation de la frontière germanique en complétant l’oeuvre de Domitien : Mogontiacum, qui vit l’arrivée de la legio XXII, en provenance de Novaesium (Neuss), en Germania inferior, fut mieux protégée ; en parralèle s’acheva la reconstruction du camp de la legio VIII Augusta à Argentorate, tandis que le camp de Vindonissa fut abandonné ; de nouvelles cohortes d’auxiliaires complétèrent le dispositif déjà établi, en occupant de nouveaux camps ; le réseau routier dans cette région fut amélioré
pour faciliter les communications et les concentrations de troupes. Ainsi, Les Catti et les Marcomani se trouvaient parfaitement contrôlés, et ne pouvaient plus surprendre les défenses romaines.

116

Le diplôme d’Aquae Mattiacorum/Wiesbaden (Germania superior) (CIL XVI, 62), daté du 8 septembre 116 ap. J.-C., témoigne de la démobilisation de soldats de la cohors I Aquitanorum veterana (equitata) servant en Germania superior. Nous pouvons supposer un recrutement de ces soldats aux alentours de 90-91 ap. J.-C., sous Domitien, alors que l’unité se trouvait cantonnée à Friedberg ou à Arnsburg - correspondant peut-être aux supplementa levés après la mise en retraite des effectifs du diplôme de Mogontiacum/Mayence en 90 ap. J.-C.

121

La cohors I Aquitanorum est ensuite représentée en Britannia, vraisemblablement sous la forme d’un détachement, lorsque l’empereur Hadrien débarque sur l’île, accompagné du légat de Germania inferior, A. Platorius Nepos - alors nommé légat propréteur de Britannia - de la legio VI Augusta, de Castra Vetera (Xanten) (en remplacement de la legio IX Hispana), et de nombreux contingents d’auxiliaires, pour l’édification du vallum Hadriani.

122

Diplôme de Brigetio/Komarom (Pannonia superior) (CIL XVI, 69), daté du 17 juillet 122 ap. J.-C., attestant de la démobilisation de soldats de la cohors I Aquitanorum servant en Britannia sous Aulus Platorius Nepos. Nous pouvons supposer un recrutement de ces soldats aux alentours de 97-98 ap. J.-C., sous Nerva/Trajan, alors que l’unité était cantonnée en à Arnsburg (Germania superior).

124

Diplôme de Stannington (Britannia) (CIL XVI, 70), daté du 15 septembre 124 ap. J.-C., attestant de la démobilisation de soldats de la cohors I Aquitanorum servant en Britannia sous Aulus Platorius Nepos. Nous pouvons supposer un recrutement de ces soldats aux alentours de 99-100 ap. J.-C., sous Trajan, alors que l’unité était cantonnée en à Arnsburg (Germania superior).

127

Diplôme d’origine inconnue (RMD-04, 240), daté du 20 août 127, attestant de la démobilisation de soldats de la cohors I Aquitanorum servant en Britannia sous Trebius Germanus. Nous pouvons supposer un recrutement de ces soldats aux alentours de 102-103 ap. J.-C., sous Trajan, alors que l’unité était cantonnée en à Arnsburg (Germania superior).

130

Diplôme de Grinario/Kongen (Germania superior) (AE1982, 718), daté de 130 ap. J.-C., attestant de la démobilisation de soldats de la cohors I Aquitanorum (veterana equitata) servant en Germania superior sous Roscius Celere. Nous pouvons supposer un recrutement de ces soldats aux alentours de 105 ap. J.-C., sous Trajan, alors que l’unité était cantonnée en à Arnsburg (Germania superior).
Dans la logique que nous avons adopté, ce diplôme concernerait la base de la cohors I Aquitanorum restée au camp d’Arnsburg, tandis qu’un détachement évoluait en parallèle sur l’île.

131-133

Plaque commémorative découverte dans l’angle nord-est du camp de Brocolitia/Carrawburgh (Britannia) (RIB 1550) : [...]v[er]o leg(ato) / [Aug(usti) pr(o) p]r(aetore) coh(ors) I Aquit/[anorum] fecit / [sub ...]io Nepote / [pra]ef(ecto) ("[…]verus, légat propréteur d’Auguste ; la cohors I Aquitanorum, a fait [ceci] sous […] Nepos, préfet").
La lecture du nom du gouverneur est incertaine, mais il pourrait s’agir de Sextus Iulius Severus (130-133 ap. J.-C.). La mention "fecit" tendrait en tout cas à confirmer que la cohors I Aquitanorum a participé à la construction du camp de Brocolitia, qui débuta en 129 ap. J.-C. sous le contrôle de la legio VI Victrix.

134

Diplôme de Neckarburken (Germania superior) (CIL XVI, 80), daté du 16 octobre 134 ap. J.-C., attestant de la démobilisation de soldats de la cohors I Aquitanorum (veterana equitata) servant en Germania superior sous Claudius Quartinus. Nous pouvons supposer un recrutement de ces soldats aux alentours de 109-110 ap. J.-C., sous Trajan, alors que l’unité était cantonnée en à Arnsburg (Germania superior).

138 <161 (règne d’Antonin le Pieux)

Nous connaissons plusieurs inscriptions découvertes sur des sites situés au coeur de la Britannia romaine, sur la route menant au vallum Hadriani, dont nous pouvons supposer qu’elles datent du règne d’Antonin, sans pouvoir affirmer si le détachement, de part ses nombreux mouvements, a pu y être cantonné :
Sceau en plomb découvert à Ratae Coritanorum/Leicester (Britannia), sur lequel est inscrit cohors I Aquitanorum (AE 1976, 366).
Dédicace découverte à Bakewell (Britannia) (RIB 218) : Deo /Marti / Braciacae / Q(uintus) Sittius / Caecilian(us) / praef(ectus) coh(ortis) / I Aquitano(rum) / v(otum) s(olvit) ("Au dieu Mars et à Braciaca, Quintus Sittius Caecilinus, préfet de la cohors I Aquitanorum, a fait ce vœu"). Braciaca est aussi connu sous le nom de "Dieu du malt".

154 < 158

Plaque commémorative découverte à Navio/Brough-on-Noe (Britannia) (RIB 283) : Imp(eratori) Caesari T(ito) [Ael(io) Hadr(iano)] / [An]tonino Au[g(usto) Pio p(atri) p(atriae)] / coh(ors) I Aquitan[orum] / sub Iulio V[ero leg(ato)] Aug(usti) / pr(o) pr(aetore) inst[ante] / [C]apitoni[o Pri]sco prae(fecto) ("A l’Empereur Caesar Titus Aelius Hadrianus Antoninus Auguste et Pieux, père de la patrie, la cohors I Aquitanorum sous Iulius Verus, légat propréteur impérial, à la charge de Capitonius [Pri]scus, préfet").

Seconde moitié du IIe s. ap. J.-C.

La cohors I Aquitanorum est transférée du camp d’Arnsburg à celui de Stockstadt - de 3,2 hectares - où elle relève la cohors II Hispanorum equitata. Nous ne savons toutefois pas si après l’abandon des conquêtes antonines (après 161 ap. J.-C.) le détachement breton rejoignit son camp en Germania superior.
Nous connaissons une série d’inscriptions découvertes dans le Dolichenum du vicus du camp de Stockstadt (Germania superior), datables de la seconde moitié du IIe s. ap. J.-C. ...
- Dédicace sur le socle d’une statue de Jupiter Dolichenus (CIL XIII, 11782) : Iovi Optimo Maximo Dolicheno Lucius Caecilius Caecilianus praefectus cohortis I Aquitanorum domo Thaenis votum solvit libens laetus merito ("A Jupiter Dolichenus Très Bon Très Grand, Lucius Caecilius Caecilianus, préfet de la cohors I Aquitanorum, habitant de Thaenae, a accompli ce vœu de bon gré, avec joie et à juste titre").
- Dédicace sur un autel (CIL XIII, 11783) du même préfet : Iovi Optimo Maximo Dolicheno Lucius Caecilius Luci filius Quirina Caecilianus praefectus cohortis I Aquitanorum domo Thaenis Africae ("A Jupiter Dolichenus Très Bon Très Grand, Lucius Caecilius Caecilianus, fils de Lucius, de la tribu Quirina, préfet de la cohors I Aquitanorum, habitant de Thaenae en Africa").
- Dédicace sur un autel (CIL XIII, 11780) : I(ovi) O(ptimo) M(aximo) / Doliche/no coh(ors) / I Aquit(anorum) / vet(erana) eq(uitata) / cui prae/est T(itus) Fa/bius Libe/ralis praef(ectus) / v(otum) s(olvit) l(ibens) l(aeta) m(erito) ("A Jupiter Dolichenus Très bon Très Grand, la cohors I Aquitanorum veterana equitata, qui est commandée par Titus Fabius Liberalis, préfet, a accompli ce vœu de bon gré, avec joie et à juste titre").
- Dédicace sur un autel (CIL XIII, 11785) : Minervae / [P]apias sig/[n]if(er) coh(ortis) I / [Aquit(anorum) vet(eranae) eq(uitatae) ("A Minerve, Papias, signifer de la cohors I Aquitanorum veterana equitata").
... ainsi qu’une dédicace découverte à Zellhausen (Germania superior), situé à proximité de Stockstadt, et relevant probablement du même contexte chronologique :
- (CIL XIII, 6658) : [I(ovi) O(ptimo)] M(aximo) / Helio[p]oli[ta]/no V[e]ner[i F]/elici Merc/urio [A]ug[ust(o) M(arcus?)] / Iulius Ma[rci] / fil(ius) Fab[i]a R[uf]/us Pap[irianus?] / Sentiu[s] Gem[el]/lus do[m]o B[...] / praef(ectus) c[oh(ortis) / I] Aqu[it(anorum)] / castris [...]III[...] / [...]N[...] / [v(otum) s(olvit) l(ibens) l(aetus)] m(erito) ("A Jupiter Très Bon Très Grand Heliopolitanus, à Vénus Felix, à Mercure Auguste, Marcus Iulius Rufus Papirianus Sentius Gemellus, fils de Marcus, de la tribu Fabia, habitant de B[…], préfet de la cohors I Aquitanorum, au camp […] III […], a fait ce vœu de bon cœur et de bon droit").

Auteur : Adrien Tondeur